ENTRE DEUX MONDES

ENTRE DEUX MONDES

Ce texte m’a été commandé par la Charte  des auteurs et illustrateurs de jeunesse, pour la série « Dans les petits papiers de… ». Il présente ma démarche artistique et mes sources d’inspiration.

Entre l’Ukraine et la France

Née à Paris, à moitié russe et ukrainienne, à moitié française, c’est mon âme slave qui m’a donné le goût des choses sacrées, une passion pour les forêts enneigées et les animaux sauvages, le bois, la glace et les sapins, pour les émotions ardentes et les couleurs vives, le Rouge et le Noir, le Turquoise et l’Or. L’Est, je ne le découvre en chair et en os que récemment, en visitant un frère installé en Sibérie. Ma terre d’origine est un fantôme que j’ai appris à imaginer à travers les contes, les plateaux peints, les objets sur les étagères, les chansons, et les récits de famille. Quant à la culture française, elle a nourri ma sensibilité de Belles Lettres, de mythes gréco-latins, et de formes artistiques délicates et élégantes.
Un double héritage explosif, un peu compliqué à porter… Un mélange toujours bouillonnant dont je commence à percevoir l’intérêt dans mon travail…

 

Entre l’Art et les livres

Si je me dis plasticienne et auteur-illustratrice d’albums, c’est que je mène avant tout une recherche artistique personnelle, à travers divers mediums (gravure, dessin, peinture, mais aussi écriture et illustration), dont le livre. Cette recherche fondamentale me sert de champ d’exploration ; j’applique ensuite certaines de ces découvertes de laboratoire dans mes albums illustrés, aussi pour m’adresser à un public plus large. Si j’effectue actuellement un virage en réalisant essentiellement des oeuvres à exposer, je continue à vouloir m’adresser aux enfants, à travers l’objet « album ».

 

Les enfants, ce public délicieux, énergique et joyeux, dont l’esprit réceptif est pour l’artiste une source d’inspiration toujours renouvelée. Les enfants méritent les livres conçus avec soin et honnêteté, et qu’on les nourrisse d’idées consistantes. Rien ne devrait être jugé inabordable par eux, et l’on ne voit pas pourquoi la gravure ne serait pas, elle aussi, accessible aux tout-petits. C’est le pari que nous avons fait en 2014, avec mon éditrice Angèle Cambournac, pour le Jardin en hiver (éditions Thierry Magnier), et il faut croire que notre intuition était bonne, puisque Panda, un petit mythe de création gravé en noir et blanc, et qui explique aux bébés comment ils sont faits, a parfaitement rencontré son public.

Récemment, les formes et les couleurs s’adoucissent dans mes ouvrages pour la petite enfance, où je cherche à créer une image enveloppante et tactile, moins dure graphiquement, en étant toujours plus soigneuse quant à l’écriture et la conception. Dans mes tiroirs, des projets en tas pour cette vie, et même pour la suivante : une exposition sur la forêt à Troyes, des livres d’artiste, des grands formats peints et gravés, des tout-carton pour les petits, des albums-surprise et un roman graphique pour les plus grands.

 

 

Entre le rêve et la matière

Dans mon atelier d’Ivry sur Seine, je réalise des gravures mettant en scène des végétaux transfigurés, car pour moi, la Nature a une âme. Je taille à la gouge, dans de grandes plaques de linoléum, des images rêvées la nuit. Je sue sang et eau pour les imprimer sur des papiers précieux, soigneusement choisis : des papiers de couleur, des papiers du Népal, d’Allemagne ou de Thaïlande. Je grave d’inquiétantes floraisons, des peaux d’arbres, des ronces et des feuilles, et puis des fleurs, de toutes les couleurs… On pourra voir ce travail d’artiste à partir du 15 septembre prochain, à la galerie L’Art à la page, à Paris.

Entre le texte et l’image

La fondation de mon travail, c’est le rapport texte-image.
Mon mantra ? « Chercher les images dans les mots, et les mots dans les images ».
Pour réaliser la parfaite potion de créativité, je cueille des poèmes dans des bibliothèques oubliées, des histoires dans la Vie, et je récolte des mots ça et là ; au détour d’une conversation, sur Internet, dans le métro, au marché…
Puis je laisse les images apparaître, là, tout au fond, à l’intérieur. J’essaye de les attraper avec des crayons dans mes carnets. Quelques incantations magiques, et je laisse ce gloubi-boulga de lettres et de traits décanter dans mon cerveau. Cette étape demande du temps ; pendant ce temps-là, je pratique le yoga. Il ne reste ensuite qu’à tirer un à un les fils du projet, pour tisser un ouvrage dans un va-et-vient permanent du fuseau de l’image sur une trame de mots. J’aime être aux commandes et avoir une vision d’ensemble, j’essaye de penser à tout : découpage, rythme, cadrage, mise en page… Le projet fonctionne quand les mots sont en parfait équilibre avec l’image, et vice-versa.

Entre deux mondes

Qu’il s’agisse de la différence entre un pays et un autre, entre celui des mots ou celui des images, entre la terre des rêves et le combat avec la matière, mon art naît de ces fractures, de la quête d’un fragile équilibre entre deux mondes. Dans mon atelier-refuge d’Ivry sur Seine, je rêve d’un jour où l’on comprendra pleinement ce que les créateurs du livre illustré ont à offrir.
Nous sommes là, en ces temps difficiles, pour ré-enchanter le monde, infuser rêve, critique, rire et sensibilité dans l’Inconscient collectif… Les livres servent à répandre des idées de bonheur dans les imaginations fertiles, et même dans celles qu’auraient rabougries la télé, ou qui n’ont pas la chance d’aller au musée. Les livres servent à faire pousser les enfants.

Pauline kalioujny, septembre 2016

Un grand merci à Jean-Luc Vallet, photographe, pour les portraits photo.

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